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Inaptitude au travail : peut-on la constater en visite de reprise ?
Inaptitude au travail : peut-on la constater lors d'une visite de reprise en cours d'arrêt maladie ?

Inaptitude au travail : peut-on la constater lors d'une visite de reprise en cours d'arrêt maladie ?

Une décision judiciaire récente clarifie un point important du droit du travail : l'inaptitude peut être constatée lors d'une visite de reprise, même si l'arrêt de travail est encore en cours, à condition que le salarié accepte de s'y présenter. Cette précision impacte directement les pratiques des employeurs et le parcours des salariés concernés. Décryptage de la procédure, des conditions et des conséquences pour les deux parties.

Le principe : inaptitude possible pendant l'arrêt de travail

Point clé : l'inaptitude au travail peut être constatée lors d'une visite de reprise organisée pendant un arrêt de travail, dès lors que le salarié accepte de s'y présenter. L'accord du salarié est une condition essentielle.

L'inaptitude au travail désigne l'incapacité d'un salarié à occuper son poste pour des raisons médicales. Elle ne signifie pas une impossibilité totale de travailler, mais une inadéquation entre l'état de santé et les exigences du poste occupé.

Conformément aux articles R. 4624-31 à R. 4624-33 du Code du travail, l'inaptitude ne peut être prononcée qu'après une évaluation rigoureuse par le médecin du travail, incluant obligatoirement une étude préalable du poste.

Condition préalable obligatoire

Le médecin du travail doit réaliser ou faire réaliser une étude du poste avant de rendre un avis d'inaptitude. Cette étude analyse les conditions de travail, les risques professionnels et les adaptations possibles. Sans cette étape, l'avis d'inaptitude est nul.

Les acteurs de la procédure d'inaptitude

👨‍⚕️

Médecin du travail

Seul habilité à constater l'inaptitude. Réalise l'étude de poste et l'examen médical. Propose des aménagements ou un reclassement.

👔

Employeur

Organise la visite de reprise. Dispose d'un mois pour reclasser ou licencier. Doit consulter le CSE avant licenciement.

👤

Salarié

Peut accepter ou refuser la visite anticipée. Bénéficie d'un droit au reclassement. Peut contester l'avis devant le conseil de prud'hommes.

🏢

Service de santé au travail

Coordonne les visites médicales. Accompagne le maintien dans l'emploi. Conseille employeur et salarié.

La procédure étape par étape

1

Visite de pré-reprise (facultative)

Après 30 jours d'arrêt, le salarié, le médecin traitant ou le médecin-conseil peut demander une visite de pré-reprise. Elle permet d'anticiper les aménagements ou le reclassement sans constater l'inaptitude.

2

Étude préalable du poste

Le médecin du travail examine les conditions de travail, interroge le salarié et consulte l'employeur. Cette étape est obligatoire avant tout avis d'inaptitude.

3

Visite de reprise

L'examen médical évalue l'état de santé du salarié au regard des exigences du poste. Si l'arrêt est en cours, le salarié doit accepter de s'y présenter.

4

Avis d'inaptitude

Le médecin du travail rend un avis écrit. Il peut mentionner « inapte au poste » avec ou sans possibilité de reclassement. L'avis est transmis à l'employeur et au salarié.

5

Recherche de reclassement

L'employeur dispose d'un mois pour proposer un poste compatible. Il doit consulter le CSE et tenir compte des préconisations du médecin du travail.

6

Licenciement ou reclassement

Si aucun reclassement n'est possible ou accepté, l'employeur peut procéder au licenciement pour inaptitude. Des indemnités spécifiques sont dues.

Quand la visite de reprise est-elle obligatoire ?

La visite de reprise doit être organisée par l'employeur dans les 8 jours suivant la reprise effective du travail dans les cas suivants.

Type d'absence Durée minimale Visite obligatoire
Arrêt maladie (non professionnelle) ≥ 60 jours Oui
Accident du travail ≥ 30 jours Oui
Maladie professionnelle Toute durée Oui
Congé maternité Oui
Attention : visite anticipée pendant l'arrêt

Si la visite de reprise est organisée alors que l'arrêt de travail est encore en cours, le salarié doit donner son accord pour s'y présenter. L'employeur ne peut pas l'y contraindre. En revanche, si le salarié accepte et que l'inaptitude est constatée, elle produit ses effets même si l'arrêt n'est pas terminé.

Conséquences de l'inaptitude pour le salarié

L'avis d'inaptitude ouvre plusieurs droits et obligations pour le salarié.

  • Droit au reclassement : l'employeur doit proposer un poste compatible avec les capacités du salarié
  • Maintien du contrat : pendant le mois de recherche, le contrat est suspendu sans rémunération (sauf dispositions conventionnelles)
  • Reprise du salaire : si l'employeur n'a pas reclassé ou licencié dans le mois, le salaire doit être repris
  • Indemnités de licenciement : en cas de licenciement, le salarié perçoit l'indemnité légale ou conventionnelle (doublée en cas d'inaptitude d'origine professionnelle)
  • Contestation possible : l'avis peut être contesté devant le conseil de prud'hommes dans les 15 jours
Statistique encourageante

Selon la DARES, 60 % des cas d'inaptitude aboutissent à un maintien dans l'entreprise grâce à des adaptations de poste ou un reclassement. L'accompagnement par le service de santé au travail est déterminant.

Obligations et risques pour l'employeur

L'employeur doit respecter une procédure stricte sous peine de sanctions.

Obligation Délai Sanction en cas de manquement
Organiser la visite de reprise 8 jours après reprise Dommages-intérêts, jusqu'à 1 500 €/salarié
Rechercher un reclassement 1 mois après avis Nullité du licenciement possible
Consulter le CSE Avant licenciement Irrégularité de procédure
Reprendre le salaire si pas de décision Après 1 mois Rappel de salaire + intérêts
Dispense de recherche de reclassement

Le médecin du travail peut mentionner dans son avis que tout maintien dans l'emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié. Dans ce cas, l'employeur est dispensé de l'obligation de recherche de reclassement.

Calendrier type de la procédure

J0 : Visite de reprise Le médecin du travail constate l'inaptitude après étude de poste préalable
J1 à J30 : Recherche de reclassement L'employeur recherche un poste compatible et consulte le CSE
J30 maximum : Décision Proposition de reclassement ou engagement de la procédure de licenciement
Au-delà de J30 : Reprise du salaire Si aucune décision n'est prise, l'employeur doit reprendre le versement du salaire

Checklist employeur : gestion de l'inaptitude

Organiser la visite de reprise dans les 8 jours suivant la fin de l'arrêt (ou avec accord du salarié si arrêt en cours)
Faciliter l'étude de poste par le médecin du travail avant l'avis
Rechercher activement un reclassement en tenant compte des préconisations médicales
Consulter le CSE avant toute décision de licenciement
Notifier par écrit l'impossibilité de reclassement et les motifs
Respecter le délai d'un mois pour reclasser ou licencier
Verser les indemnités légales (doublées si origine professionnelle)

Questions fréquentes

Peut-on constater l'inaptitude pendant un arrêt de travail ?
Oui, si le salarié accepte de se présenter à la visite de reprise avant la fin de son arrêt. L'accord du salarié est indispensable. Une fois l'inaptitude constatée, elle produit ses effets même si l'arrêt n'est pas terminé.
L'étude de poste est-elle vraiment obligatoire ?
Oui, absolument. Le médecin du travail doit réaliser ou faire réaliser une étude du poste de travail avant de rendre un avis d'inaptitude. Un avis rendu sans cette étude préalable est nul et peut être contesté.
Que se passe-t-il si l'employeur ne reclasse pas dans le mois ?
Si l'employeur n'a pas reclassé le salarié ou engagé la procédure de licenciement dans le délai d'un mois suivant l'avis d'inaptitude, il doit reprendre le versement du salaire à hauteur du salaire antérieur.
Le salarié peut-il contester l'avis d'inaptitude ?
Oui, le salarié (ou l'employeur) peut contester l'avis devant le conseil de prud'hommes dans un délai de 15 jours. Le juge peut ordonner une expertise médicale et substituer son appréciation à celle du médecin du travail.
Quelles indemnités en cas de licenciement pour inaptitude ?
Le salarié licencié pour inaptitude perçoit l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement. Si l'inaptitude est d'origine professionnelle (accident du travail ou maladie professionnelle), l'indemnité légale est doublée et une indemnité compensatrice de préavis est due.
L'employeur peut-il être dispensé de recherche de reclassement ?
Oui, si le médecin du travail mentionne dans son avis que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié ou que son état de santé fait obstacle à tout reclassement. Dans ces cas, l'employeur est dispensé de l'obligation de recherche.

Ce qu'il faut retenir

L'inaptitude au travail peut être constatée lors d'une visite de reprise même si l'arrêt de travail est en cours, à condition que le salarié accepte de s'y présenter. Cette procédure exige une étude préalable du poste et ouvre un délai d'un mois pour reclasser ou licencier.

  • Accord du salarié obligatoire pour visite anticipée pendant arrêt
  • Étude de poste préalable : condition de validité de l'avis
  • Délai d'un mois pour reclasser ou licencier
  • Reprise du salaire si pas de décision au-delà d'un mois
  • Indemnités doublées si origine professionnelle
  • Contestation possible devant les prud'hommes sous 15 jours

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