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Retour de congé de maternité : réintégrer une salariée sur un poste à moindre responsabilité laisse supposer une discrimination
Retour de congé de maternité : réintégrer une salariée sur un poste à moindre responsabilité laisse supposer une discrimination

Retour de congé de maternité : réintégrer une salariée sur un poste à moindre responsabilité laisse supposer une discrimination

Le retour de congé de maternité est protégé par des règles strictes du Code du travail. La salariée doit retrouver son précédent emploi ou un emploi similaire assorti d'une rémunération au moins équivalente. Affecter la salariée à un poste comportant moins de responsabilités constitue un manquement grave, laissant présumer une discrimination liée à la grossesse, à la maternité ou à la situation de famille.

Le principe : priorité au poste précédent

Un poste à moindre responsabilité n'est pas un « emploi similaire » Le déclassement au retour de congé maternité laisse supposer une discrimination et expose l'employeur à des sanctions lourdes

La loi impose une priorité absolue : la réintégration doit se faire sur le poste occupé avant le congé, dès lors qu'il est disponible. Le recours à un « emploi similaire » n'est possible qu'en cas d'indisponibilité réelle du poste initial (disparition des tâches, restructuration objective).

Qu'est-ce qu'un « emploi similaire » ?

Pour être considéré comme similaire, le nouveau poste doit présenter toutes les caractéristiques suivantes.

📊

Même niveau de qualification

🏷️

Même catégorie professionnelle

💰

Rémunération équivalente ou supérieure

📈

Mêmes perspectives de carrière

Même degré de responsabilité

🎯

Même autonomie décisionnelle

Ce qui constitue un déclassement

Passage d'un rôle de management à un rôle d'exécution, suppression de fonctions stratégiques, perte d'autonomie décisionnelle, affectation de tâches sans rapport avec les fonctions antérieures (ex. : comptable → secrétariat administratif).

Le déclassement laisse supposer une discrimination

La Cour de cassation et le Défenseur des droits considèrent que le seul fait de ne pas réintégrer la salariée sur son poste ou un poste équivalent laisse supposer une discrimination.

Type de discrimination présumée Fondement
Discrimination directe liée à la maternité Le déclassement est directement lié au congé de maternité
Discrimination indirecte liée au sexe Les femmes sont majoritairement concernées par les congés maternité
Discrimination liée à la situation de famille La décision est motivée par le fait d'avoir eu un enfant

Charge de la preuve inversée : dès lors que la salariée présente des éléments de fait laissant supposer une discrimination (le déclassement), c'est à l'employeur de prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.

Exemples jurisprudentiels

  • Affectation de tâches différentes : comptable réaffectée au secrétariat administratif = présomption de discrimination indirecte (Cass. soc., 14 nov. 2019, n°18-15.682)
  • Perte de responsabilités managériales : passage d'un poste de direction à un poste d'exécution = déclassement caractérisé
  • Non-réintégration après congé parental : élément de fait laissant supposer une discrimination (Cass. soc., 2020-2022)
  • Refus de poste similaire : si la salariée refuse légitimement un poste dégradé, le licenciement est sans cause réelle et sérieuse
Harcèlement discriminatoire

Le Défenseur des droits et plusieurs cours d'appel ont qualifié ce type de déclassement de harcèlement discriminatoire lié à la maternité lorsqu'il s'accompagne d'une atteinte à la dignité ou d'une mise à l'écart systématique.

Conséquences pour l'employeur et recours pour la salariée

🏢 Risques pour l'employeur

  • Licenciement nul si tentative de rupture liée au déclassement
  • Dommages-intérêts : souvent ≥ 6 mois de salaire (nullité)
  • Réintégration forcée + rappels de salaire rétroactifs
  • Sanctions pénales : jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende
  • Indemnités complémentaires pour préjudice moral

👩 Recours pour la salariée

  • Refuser le poste déclassé sans commettre de faute
  • Prendre acte de la rupture aux torts de l'employeur
  • Saisir les prud'hommes (prescription 5 ans)
  • Saisir le Défenseur des droits (gratuit, confidentiel)
  • Demander réintégration + indemnités

Obligations de l'employeur au retour de maternité

  • Réintégration immédiate sur le poste précédent ou un emploi strictement similaire
  • Entretien professionnel obligatoire pour évoquer les perspectives d'évolution (art. L. 6315-1)
  • Rattrapage salarial des augmentations générales et individuelles intervenues pendant l'absence
  • Maintien de l'ancienneté acquise avant et pendant le congé
  • Report des congés payés non pris avant le départ
Bonne pratique employeur

Préparer le retour en amont, maintenir le contact pendant le congé (si la salariée le souhaite), organiser un entretien de reprise et s'assurer que le poste est préservé. Un retour bien préparé réduit les risques de contentieux.

Questions fréquentes

L'employeur peut-il invoquer une réorganisation pour justifier le changement de poste ?
Oui, mais uniquement si la réorganisation est réelle, objective et indépendante du congé maternité. L'employeur doit prouver que le poste a été supprimé pour des raisons économiques ou organisationnelles étrangères à la maternité. Une réorganisation opportuniste sera présumée discriminatoire.
Puis-je refuser un poste à responsabilités réduites ?
Oui. La salariée peut légitimement refuser un poste qui ne correspond pas aux critères d'un « emploi similaire ». Ce refus ne constitue pas une faute et ne peut justifier un licenciement. Si l'employeur licencie, le licenciement sera sans cause réelle et sérieuse, voire nul pour discrimination.
Quel est le délai pour agir aux prud'hommes ?
La prescription est de 5 ans pour les actions en discrimination. Pour les autres actions (exécution du contrat de travail), le délai est de 2 ans. Il est recommandé d'agir rapidement et de documenter tous les éléments (mails, témoignages, organigrammes avant/après).
Ces règles s'appliquent-elles aussi au congé parental ?
Oui. Les règles de réintégration s'appliquent également au retour de congé parental d'éducation. La salariée doit retrouver son précédent emploi ou un emploi similaire. Un déclassement laisse supposer une discrimination liée à la situation de famille.
Que faire si mon employeur refuse de me réintégrer sur mon poste ?
Documentez la situation par écrit (mail de demande, réponse de l'employeur). Sollicitez un entretien avec les RH et/ou les représentants du personnel. Si la situation persiste, saisissez le Défenseur des droits (gratuit) ou un avocat pour envisager une action aux prud'hommes.

Ce qu'il faut retenir

Réintégrer une salariée de retour de congé de maternité sur un poste à moindre responsabilité laisse fortement supposer une discrimination. La loi impose prioritairement le retour au poste précédent ou à un emploi strictement similaire.

  • Priorité absolue au poste précédent (art. L. 1225-25)
  • Emploi similaire : mêmes qualification, catégorie, rémunération, responsabilités
  • Déclassement = présomption de discrimination
  • Charge de la preuve inversée (à l'employeur de se justifier)
  • Risques : licenciement nul, indemnités, sanctions pénales
  • Recours : prud'hommes (5 ans), Défenseur des droits (gratuit)

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