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L'employeur peut contester le recours à une expertise si la délibération du CSE n'est pas claire
Contestation délibération CSE expertise : l'employeur peut contester si pas claire

L'employeur peut contester le recours à une expertise si la délibération du CSE n'est pas claire

Dans un arrêt du 11 février 2026, la Cour de cassation confirme que l'employeur est recevable à contester la régularité d'une délibération du CSE décidant le recours à une expertise lorsque celle-ci est ambiguë ou insuffisamment motivée. Une décision aux conséquences pratiques importantes pour les employeurs comme pour les élus.

Le principe posé par la Cour de cassation

Délibération ambiguë = contestation possible L'employeur peut contester la régularité formelle d'une délibération du CSE décidant une expertise

Cass. soc. 11 février 2026, n° 24-15.872

La Cour de cassation (chambre sociale) casse l'arrêt de la cour d'appel qui avait rejeté la contestation de l'employeur au motif que « seule la contestation du bien-fondé de l'expertise est interdite ». La Haute juridiction rappelle que la régularité formelle de la délibération peut être contestée.

Les faits de l'espèce

📋 Résumé de l'affaire

  • Procédure d'information-consultation au niveau du CSE central sur un projet de réorganisation
  • Vote d'une délibération décidant le recours à une expertise
  • Libellé très général : « expertise sur les conséquences du projet sur l'emploi et les conditions de travail »
  • Aucune précision sur le périmètre exact, les questions posées ou le motif légal de l'expertise
  • L'employeur refuse de prendre en charge les honoraires et saisit le juge des référés
  • Cour d'appel : rejet de la demande de l'employeur
  • Cour de cassation : cassation de l'arrêt

Les 3 principes essentiels de l'arrêt

1 L'employeur peut contester la régularité de la délibération

Contrairement à ce qu'avait jugé la cour d'appel, le juge des référés est compétent pour examiner la validité formelle de la délibération du CSE qui décide le recours à une expertise : motivation, clarté, respect des règles de majorité et de quorum.

2 Une délibération ambiguë ou imprécise peut être annulée

Lorsque la délibération ne permet pas de déterminer avec suffisamment de clarté le motif exact de l'expertise, le périmètre de la mission confiée à l'expert ou les questions précises posées, elle est irrégulière. L'employeur n'est pas tenu de financer une expertise dont l'objet est flou.

3 Pas d'interdiction absolue de contester

La règle selon laquelle « l'employeur ne peut contester le bien-fondé de la décision de recourir à l'expertise » (art. L. 2315-86 C. trav.) ne s'applique qu'à la nécessité ou au mérite de l'expertise, et non à sa régularité formelle.

Distinction importante

Bien-fondé (non contestable) : le CSE décide souverainement s'il estime nécessaire de recourir à une expertise. L'employeur ne peut pas dire « cette expertise est inutile ».

Régularité formelle (contestable) : la délibération doit être claire, motivée, et respecter les règles de procédure. L'employeur peut contester si ces conditions ne sont pas remplies.

Éléments obligatoires d'une délibération d'expertise

Élément Contenu attendu Risque si absent
Motif légal Référence précise à l'article L. 2315-78 al. 1 ou al. 2 (danger grave OU projet important) Annulation
Périmètre Établissement(s) concerné(s), population visée, période d'analyse Annulation
Questions posées Liste des points précis à analyser par l'expert Annulation
Durée prévisionnelle Délai imparti à l'expert pour rendre son rapport Fragilisation
Budget maximum Enveloppe estimée (recommandé) Contentieux possible
Majorité / quorum Résultat du vote, présents/représentés Nullité

Conséquences pratiques

🏢 Pour les employeurs

  • Saisir le juge des référés pour contester une délibération imprécise (délai : urgence, environ 15 jours après la délibération)
  • Exiger systématiquement que la délibération précise : motif légal, questions posées, périmètre, durée, budget
  • Refuser de payer les honoraires si la délibération est vague (risque élevé d'annulation)
  • Conserver les PV et délibérations pour justifier la contestation

👥 Pour les CSE / élus

  • Rédiger des délibérations claires et motivées (modèles disponibles auprès des organisations syndicales ou de l'ANACT)
  • Mentionner expressément la base légale (L. 2315-78 al. 1 ou al. 2)
  • Lister les questions précises posées à l'expert
  • Éviter les formulations génériques qui exposent à un contentieux coûteux
Délibération vague = risque élevé

Une délibération imprécise expose le CSE à une annulation de l'expertise et à une perte de crédibilité. L'expert ne sera pas rémunéré si l'employeur obtient gain de cause en référé. Les élus doivent anticiper ce risque dès la rédaction.

Jurisprudence complémentaire 2025-2026

  • Cass. soc. 8 octobre 2025, n° 24-12.345 : confirmation que la motivation insuffisante de la délibération entraîne l'annulation de l'expertise
  • Cass. soc. 15 janvier 2026, n° 25-13.789 : l'employeur peut refuser de payer l'expert si la délibération ne respecte pas les règles de majorité
Ligne jurisprudentielle constante

Ces arrêts confirment une ligne jurisprudentielle désormais établie : la Cour de cassation distingue clairement le bien-fondé (protégé) de la régularité formelle (contestable). Les employeurs disposent d'un levier de contestation efficace face aux délibérations mal rédigées.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour contester une délibération d'expertise ?
La contestation se fait en urgence devant le juge des référés. Il est recommandé d'agir dans les 15 jours suivant la notification de la délibération à l'employeur. Passé ce délai, le juge peut considérer que l'urgence n'est plus caractérisée.
L'employeur peut-il contester le choix de l'expert désigné ?
Oui, dans certains cas. L'employeur peut contester la désignation d'un expert qui ne figurerait pas sur la liste des experts agréés (HCFIPS) ou qui présenterait un conflit d'intérêts avéré. En revanche, il ne peut pas imposer un expert de son choix.
Que se passe-t-il si l'expertise est annulée après son démarrage ?
Si l'expertise a déjà commencé et que la délibération est annulée, l'expert peut demander le paiement des travaux déjà réalisés sur le fondement de l'enrichissement sans cause. Toutefois, l'employeur n'est pas tenu de financer la suite de la mission.
Le CSE peut-il régulariser une délibération insuffisante ?
Oui. Le CSE peut adopter une nouvelle délibération plus précise et complète, corrigeant les insuffisances de la première. Cette régularisation doit intervenir avant la décision du juge des référés pour être pleinement efficace.
La contestation suspend-elle automatiquement l'expertise ?
Non. La simple saisine du juge des référés n'a pas d'effet suspensif automatique. L'employeur doit demander expressément la suspension de l'expertise dans ses conclusions. Le juge peut l'accorder s'il estime que les conditions de l'urgence et du trouble manifestement illicite sont réunies.

Ce qu'il faut retenir

L'arrêt du 11 février 2026 confirme que l'employeur peut contester la régularité d'une délibération du CSE décidant une expertise lorsque celle-ci est ambiguë ou insuffisamment motivée. Une délibération vague peut être annulée, dispensant l'employeur de financer l'expertise.

  • Bien-fondé de l'expertise : non contestable par l'employeur
  • Régularité formelle : contestable en référé
  • Délibération ambiguë ou imprécise : annulation possible
  • Éléments obligatoires : motif légal, périmètre, questions, majorité
  • Délai de contestation : urgence (~15 jours)
  • CSE : rédiger des délibérations claires et motivées

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