Défaillances d'entreprises : les procédures ralentissent au troisième trimestre 2026, les effectifs concernés restent élevés
L'étude Altares publiée le 13 octobre 2026 recense 14 652 ouvertures de procédures collectives au troisième trimestre, soit une hausse limitée à 0,5 % sur un an. Ce rythme de progression est le plus faible enregistré depuis la fin de la période Covid. Toutefois, le nombre d'emplois menacés reste élevé, avec 50 510 salariés concernés. Les données de l'Urssaf confirment cette tendance : les liquidations et redressements reculent sur le trimestre, mais les effectifs des entreprises défaillantes progressent encore sur un an.
Les chiffres du troisième trimestre 2026
L'étude Altares : 14 652 procédures
Selon l'étude Altares, 14 652 procédures collectives ont été ouvertes au cours du troisième trimestre 2026. Ce chiffre représente une hausse de 0,5 % par rapport à la même période de l'année précédente. Il s'agit du rythme de progression annuel le plus faible depuis la sortie de la crise sanitaire.
Cette relative accalmie dans le nombre de procédures ne doit pas masquer l'ampleur du phénomène. Avec près de 15 000 ouvertures sur trois mois, le volume de défaillances reste élevé en valeur absolue. Cumulées sur les neuf premiers mois de l'année 2026, les procédures dépassent les 50 000, un niveau qui témoigne de la persistance des difficultés pour de nombreuses entreprises.
Le mois de septembre 2026 s'est révélé particulièrement lourd, avec un record mensuel d'ouvertures de procédures selon Altares. Cette concentration sur le dernier mois du trimestre s'explique en partie par la reprise d'activité des tribunaux de commerce après la période estivale et par l'accumulation de dossiers durant l'été.
Les données Urssaf : liquidations et redressements
Le baromètre de l'Urssaf apporte un éclairage complémentaire sur la nature des procédures ouvertes. Au troisième trimestre 2026, l'organisme a recensé 12 124 liquidations judiciaires, soit une baisse de 0,7 % par rapport au trimestre précédent, mais une hausse de 2,7 % sur un an. Les redressements judiciaires s'établissent à 4 334, en recul de 2,5 % sur le trimestre et en hausse de 2,2 % sur un an.
La prédominance des liquidations judiciaires dans le total des procédures traduit une réalité préoccupante : la majorité des entreprises défaillantes ne présentent plus de perspectives de redressement au moment où elles sollicitent le tribunal de commerce. La cessation d'activité avec liquidation des actifs demeure l'issue la plus fréquente.
| Type de procédure | T3 2026 | Évolution trimestrielle | Évolution annuelle |
|---|---|---|---|
| Liquidations judiciaires (Urssaf) | 12 124 | −0,7 % | +2,7 % |
| Redressements judiciaires (Urssaf) | 4 334 | −2,5 % | +2,2 % |
| Total procédures (Altares) | 14 652 | — | +0,5 % |
L'impact sur l'emploi : des effectifs qui ne baissent pas
50 510 emplois menacés selon Altares
L'étude Altares évalue à 50 510 le nombre d'emplois menacés par les procédures ouvertes au troisième trimestre 2026. Ce chiffre est en légère baisse par rapport aux environ 52 000 emplois concernés un an plus tôt, mais il reste à un niveau élevé.
La relative stabilité du nombre d'emplois menacés, malgré le ralentissement du nombre de procédures, s'explique par un phénomène de taille moyenne des entreprises défaillantes plus importante. Les entreprises touchées par les défaillances sont en moyenne plus employeuses qu'auparavant. Cette évolution signifie que chaque procédure a des conséquences sociales plus lourdes.
Les 50 000 emplois menacés sur un trimestre se traduisent concrètement par des licenciements économiques, des transferts d'activité en cas de reprise, ou des reclassements internes lorsque des solutions de redressement sont trouvées. L'issue dépend de la nature de la procédure et de la capacité de l'entreprise à trouver un repreneur ou à restructurer ses activités.
Les effectifs Urssaf : une progression inquiétante
Les données de l'Urssaf sur les effectifs des entreprises défaillantes révèlent une tendance plus préoccupante encore. Au troisième trimestre 2026, les entreprises en liquidation judiciaire employaient 36 818 salariés, soit une progression de 11,1 % sur un an. Les entreprises en redressement judiciaire comptaient 36 269 salariés, en hausse de 6,8 % sur un an.
Cette progression des effectifs concernés, alors que le nombre de procédures se stabilise, confirme que les défaillances touchent des structures de plus grande taille. Les TPE-PME restent les plus nombreuses parmi les entreprises défaillantes, mais la part des entreprises de taille intermédiaire augmente, avec des conséquences amplifiées sur l'emploi.
Effectifs des entreprises défaillantes (Urssaf T3 2026)
- Entreprises en liquidation : 36 818 salariés (+11,1 % sur un an)
- Entreprises en redressement : 36 269 salariés (+6,8 % sur un an)
- Total : plus de 73 000 salariés dans des entreprises faisant l'objet d'une procédure
Une accalmie en trompe-l'œil
Le ralentissement du rythme de hausse
Le rythme de progression annuel de 0,5 % enregistré au troisième trimestre 2026 marque une inflexion notable par rapport aux trimestres précédents. Au premier trimestre 2026, Altares avait recensé près de 19 000 défaillances, en hausse de 6,4 % sur un an. Le deuxième trimestre avait également enregistré des niveaux élevés.
Ce ralentissement peut s'interpréter comme un signe de normalisation après plusieurs années de rattrapage post-Covid. Durant la période 2020-2021, les mesures de soutien aux entreprises (prêts garantis par l'État, reports de charges, fonds de solidarité) avaient contenu artificiellement le nombre de défaillances. Le retour à un régime normal de procédures s'est traduit par une vague de défaillances décalées, qui semble aujourd'hui s'atténuer.
Toutefois, cette lecture optimiste doit être nuancée. Le niveau absolu de procédures reste supérieur aux moyennes historiques d'avant-crise. La fragilité de nombreuses entreprises, endettées ou confrontées à des difficultés de trésorerie, constitue un facteur de risque persistant.
Des entreprises plus grandes touchées
L'analyse des effectifs moyens par procédure révèle une évolution structurelle. Les entreprises défaillantes sont en moyenne plus grandes qu'auparavant. Cette tendance reflète plusieurs phénomènes convergents : épuisement des réserves de trésorerie constituées pendant la crise sanitaire, difficultés de refinancement dans un contexte de taux d'intérêt élevés, et exposition à des secteurs en difficulté.
Les entreprises de plus grande taille disposent généralement de davantage de ressources pour résister aux difficultés conjoncturelles. Lorsqu'elles finissent par déposer le bilan, c'est souvent après avoir épuisé toutes les solutions de restructuration. Les procédures concernant ces entreprises sont donc plus complexes et leurs conséquences sociales plus lourdes.
Les secteurs les plus touchés
Le BTP et la construction
Le secteur du bâtiment et des travaux publics figure parmi les plus exposés aux défaillances d'entreprises. La combinaison de plusieurs facteurs pèse sur les entreprises du secteur : hausse des coûts des matériaux, difficultés de recrutement, ralentissement de la construction neuve, et reports ou annulations de chantiers par les donneurs d'ordre.
Les entreprises artisanales du bâtiment, souvent sous-capitalisées, sont particulièrement vulnérables aux retards de paiement et aux variations de charge de travail. Les défaillances en cascade, lorsqu'un donneur d'ordre défaillant entraîne ses sous-traitants, amplifient le phénomène dans ce secteur fortement intermédié.
Le commerce et la restauration
Les commerces de détail et les établissements de restauration continuent de présenter des taux de défaillance élevés. Ces secteurs, déjà fragilisés par les fermetures administratives de 2020-2021, peinent à retrouver un niveau d'activité suffisant pour absorber les charges fixes et rembourser les dettes accumulées.
La hausse des coûts d'exploitation (énergie, matières premières, main-d'œuvre) pèse particulièrement sur ces activités à faibles marges. Les modifications des habitudes de consommation, avec un développement du commerce en ligne et une réduction des déplacements, affectent durablement certains segments du commerce physique.
L'agriculture sous tension
Le secteur agricole enregistre également une progression des défaillances. Les exploitations agricoles sont confrontées à de multiples difficultés : aléas climatiques répétés, volatilité des prix des productions, hausse des coûts des intrants (engrais, énergie, alimentation animale), et pression réglementaire croissante.
Les défaillances dans l'agriculture présentent des caractéristiques spécifiques. Elles concernent souvent des exploitations individuelles ou des sociétés familiales, avec un patrimoine professionnel et personnel étroitement imbriqué. Les procédures sont fréquemment assorties de problématiques de transmission ou de reconversion.
| Secteur | Facteurs de fragilité | Tendance |
|---|---|---|
| BTP / Construction | Coûts matériaux, recrutement, ralentissement neuf | Défaillances élevées |
| Commerce de détail | Concurrence e-commerce, charges fixes, consommation | Niveau soutenu |
| Restauration | Coûts exploitation, recrutement, dettes Covid | Vulnérabilité persistante |
| Agriculture | Climat, prix, intrants, réglementation | En hausse |
| Transport | Carburant, concurrence, réglementation | Sous pression |
Les disparités régionales
Des territoires inégalement touchés
La répartition géographique des défaillances d'entreprises n'est pas uniforme sur le territoire national. Certaines régions présentent des taux de défaillance plus élevés que la moyenne, en lien avec leur tissu économique et leur exposition à des secteurs fragiles.
Les régions à forte composante industrielle ou agricole enregistrent des niveaux de défaillances significatifs. Les difficultés de certains secteurs d'activité se répercutent sur l'ensemble de l'écosystème local : fournisseurs, sous-traitants, prestataires de services aux entreprises.
Les métropoles et les zones d'emploi dynamiques résistent globalement mieux, bénéficiant d'une diversification de leur tissu économique et d'un accès facilité aux financements. Les territoires ruraux et les zones de revitalisation rurale présentent à l'inverse une fragilité accrue, avec des entreprises souvent isolées et un accès limité aux dispositifs d'accompagnement.
L'Île-de-France et les grandes régions
L'Île-de-France, première région économique française, concentre naturellement un volume important de défaillances en valeur absolue. Rapporté au nombre d'entreprises actives, le taux de défaillance francilien reste cependant dans la moyenne nationale.
Les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie et Hauts-de-France figurent également parmi les territoires où le nombre de procédures est élevé. La densité du tissu économique et la présence de secteurs exposés (industrie, agriculture, tourisme) expliquent cette situation.
Les conséquences pour les créanciers
Les créances irrécouvrables
Chaque défaillance d'entreprise génère des créances irrécouvrables pour les fournisseurs, les banques et les organismes sociaux. Le taux de recouvrement des créances dans les procédures collectives demeure faible, généralement inférieur à 10 % pour les créanciers chirographaires.
Les fournisseurs sont particulièrement exposés au risque d'impayés. La défaillance d'un client important peut déstabiliser la trésorerie d'une entreprise saine et, dans les cas extrêmes, provoquer une défaillance en chaîne. Cette interdépendance des entreprises au sein des filières économiques amplifie les effets des procédures collectives.
Les cotisations sociales impayées
L'Urssaf figure parmi les principaux créanciers des entreprises défaillantes. Les cotisations sociales impayées représentent des montants considérables, qui affectent l'équilibre des comptes sociaux. Les mécanismes de privilège dont bénéficient les organismes sociaux ne garantissent qu'un recouvrement partiel en cas de liquidation.
La progression des effectifs des entreprises défaillantes observée au troisième trimestre 2026 suggère une augmentation mécanique des créances sociales concernées. Les arriérés de cotisations accumulés par les entreprises en difficulté constituent un indicateur avancé des défaillances à venir.
Impact des défaillances sur les créanciers
- Taux de recouvrement généralement inférieur à 10 % pour les créanciers chirographaires
- Risque de défaillances en chaîne pour les fournisseurs exposés
- Créances sociales significatives pour l'Urssaf et les caisses de retraite
- Pertes pour les établissements de crédit sur les encours de financement
Les dispositifs de prévention et d'accompagnement
Les procédures de prévention
Le droit français prévoit plusieurs dispositifs permettant aux entreprises en difficulté d'anticiper la cessation des paiements. Le mandat ad hoc et la conciliation permettent de négocier avec les créanciers sous l'égide d'un professionnel désigné par le tribunal. La procédure de sauvegarde peut être ouverte avant la cessation des paiements pour organiser la restructuration de l'entreprise.
Ces procédures de prévention restent sous-utilisées par les dirigeants, qui tardent souvent à solliciter l'aide du tribunal de commerce. La stigmatisation associée aux difficultés financières et la méconnaissance des dispositifs existants expliquent en partie ce recours tardif.
Le rôle du commissaire aux comptes
Dans les entreprises soumises au contrôle légal, le commissaire aux comptes joue un rôle de vigie. L'obligation d'alerte lui impose de signaler au dirigeant les faits de nature à compromettre la continuité de l'exploitation. Cette procédure d'alerte vise à déclencher une prise de conscience et à favoriser l'adoption de mesures correctrices.
Le commissaire aux comptes peut également accompagner le dirigeant dans sa réflexion sur les solutions de restructuration et l'orienter vers les procédures adaptées à sa situation. Son intervention en amont de la cessation des paiements améliore les chances de redressement de l'entreprise.
L'accompagnement par l'expert-comptable
L'expert-comptable constitue le premier interlocuteur des dirigeants de TPE-PME confrontés à des difficultés. Sa connaissance intime de l'entreprise lui permet de détecter précocement les signaux d'alerte : dégradation de la trésorerie, retards de paiement, perte de rentabilité.
L'accompagnement de l'expert-comptable peut prendre plusieurs formes : élaboration de prévisionnels de trésorerie, négociation avec les créanciers, recherche de financements, préparation des dossiers pour les tribunaux de commerce. Son intervention structurée améliore les perspectives de l'entreprise en difficulté.
Perspectives pour la fin d'année 2026
Un dernier trimestre sous surveillance
Le quatrième trimestre 2026 sera déterminant pour confirmer ou infirmer la tendance au ralentissement observée. Traditionnellement, la fin d'année se caractérise par un regain d'activité des tribunaux de commerce et par des décisions de dépôt de bilan de la part d'entreprises qui ne souhaitent pas aborder la nouvelle année avec des difficultés non résolues.
Le contexte économique reste incertain, avec des perspectives de croissance modérées et un environnement de taux d'intérêt qui pèse sur les capacités de financement des entreprises. Les négociations sociales de fin d'année et les arbitrages budgétaires du projet de loi de finances pour 2027 influenceront également le climat des affaires.
Les facteurs à surveiller
Plusieurs indicateurs permettent d'anticiper l'évolution des défaillances dans les prochains mois. Les retards de paiement des cotisations sociales, suivis par l'Urssaf, constituent un signal avancé fiable. Les délais de paiement inter-entreprises, mesurés par les observatoires spécialisés, renseignent sur les tensions de trésorerie dans les filières.
L'évolution du crédit bancaire aux entreprises et les conditions d'accès au financement jouent un rôle déterminant. Un durcissement des critères d'octroi de crédit ou une contraction de l'encours de financement des TPE-PME pourrait précipiter des défaillances d'entreprises fragilisées.
Ce qu'il faut retenir
- 14 652 procédures ouvertes au T3 2026, +0,5 % sur un an (plus faible hausse depuis fin Covid)
- 50 510 emplois menacés par les défaillances du trimestre
- Effectifs des entreprises en liquidation : +11,1 % sur un an
- Effectifs des entreprises en redressement : +6,8 % sur un an
- Le ralentissement des procédures ne se traduit pas par une baisse proportionnelle de l'emploi menacé
- BTP, commerce, restauration et agriculture parmi les secteurs les plus exposés
Pour toute question relative à la prévention des difficultés ou à l'accompagnement d'une entreprise en situation de fragilité, le cabinet Barry Louison Audit intervient aux côtés des dirigeants pour analyser les signaux d'alerte et identifier les solutions adaptées.