Baromètre France Num 2026 : l'expert-comptable en tête des interlocuteurs cités par les TPE-PME
L'édition 2026 du baromètre France Num bouleverse les équilibres. Avec 41 % des TPE et PME qui citent l'expert-comptable comme premier interlocuteur pour leurs questions numériques, la profession enregistre une progression spectaculaire de 23 points en un an. Cette enquête menée par le Crédoc auprès de 9 655 entreprises du 23 mars au 18 avril 2026 révèle que la réforme de la facturation électronique a profondément reconfiguré le paysage du conseil aux petites entreprises.
Méthodologie et périmètre de l'enquête France Num 2026
Le baromètre France Num constitue depuis plusieurs années l'observatoire de référence sur la maturité numérique des petites et moyennes entreprises françaises. Pour son édition 2026, le Crédoc a administré un questionnaire détaillé à un échantillon représentatif de 9 655 entreprises, réparties entre 6 786 TPE (moins de 10 salariés) et 2 869 PME (de 10 à 249 salariés). Cette collecte de données s'est déroulée du 23 mars au 18 avril 2026, soit quelques semaines avant l'échéance du 1er septembre pour la réception des factures électroniques par les grandes entreprises.
La direction générale des Entreprises (DGE) pilote cette initiative en partenariat avec France Num, le portail de la transformation numérique des entreprises. L'objectif dépasse le simple recensement statistique : il s'agit d'identifier les freins, les leviers et les besoins d'accompagnement pour construire des politiques publiques adaptées. La publication du communiqué DGE n° 1062 du 28 septembre 2026 a mis en lumière le bond spectaculaire de l'expert-comptable dans le classement des interlocuteurs privilégiés.
Périmètre de l'étude
L'enquête couvre l'ensemble des secteurs d'activité marchands, à l'exception de l'agriculture et des services financiers. Les résultats sont pondérés pour refléter la structure réelle du tissu économique français. La marge d'erreur est estimée à plus ou moins 1,5 point sur les données globales.
L'expert-comptable devant tous les autres interlocuteurs
Le résultat le plus commenté de ce baromètre concerne le classement des interlocuteurs vers lesquels les dirigeants se tournent pour leurs questions numériques. L'expert-comptable arrive en première position avec 41 % de citations, devançant largement les réseaux de prestataires informatiques (37 %), l'entourage personnel et professionnel (11 %) et les chambres consulaires (9 %). Ce score de 41 % représente une hausse de 23 points par rapport à l'édition précédente, une progression sans précédent dans l'historique de l'enquête.
| Interlocuteur | Score 2026 | Évolution | Rang |
|---|---|---|---|
| Expert-comptable | 41 % | +23 points | 1er |
| Réseaux de prestataires | 37 % | +2 points | 2e |
| Entourage | 11 % | -5 points | 3e |
| Chambres consulaires | 9 % | +1 point | 4e |
| Organisations professionnelles | 7 % | Stable | 5e |
France Num établit un lien direct entre cette progression et l'entrée en vigueur progressive de la réforme de la facturation électronique. Le calendrier imposé par les pouvoirs publics, avec l'obligation de réception dès septembre 2026 pour certaines catégories, a créé un afflux de demandes vers les cabinets d'expertise comptable. Les dirigeants de TPE et PME ont naturellement sollicité leur expert-comptable, déjà en charge de leur comptabilité et de leurs obligations fiscales, pour comprendre les nouvelles exigences et choisir les outils adaptés.
Une position à consolider
Le baromètre ne dit pas que l'expert-comptable « fait le numérique » à la place du dirigeant. Il indique que la réforme fiscale a ramené les entreprises vers leur interlocuteur historique. Cette confiance crée une responsabilité : accompagner sur la plateforme de réception, les mentions obligatoires, les notes de frais, la conservation — et non pas empiler des outils sans cadre méthodologique.
La facturation électronique domine les projets numériques
Le baromètre révèle que 78 % des TPE et PME ont au moins un projet numérique pour la période 2026-2027. Ce taux élevé traduit une prise de conscience généralisée des enjeux de transformation digitale, accélérée par les obligations réglementaires. La ventilation des projets confirme la centralité de la facturation électronique dans les préoccupations des dirigeants.
- Facturation électronique (39 %). Premier projet cité, porté par le calendrier réglementaire et les sanctions potentielles en cas de non-conformité.
- Logiciels métiers (26 %). ERP, CRM, outils de gestion commerciale — les entreprises modernisent leur système d'information.
- Formation numérique (21 %). Montée en compétences des équipes sur les outils digitaux et les nouvelles pratiques.
- Matériel informatique (19 %). Renouvellement des postes, passage au cloud, sécurisation des infrastructures.
- Intelligence artificielle (18 %). Expérimentations et premiers déploiements, notamment pour l'automatisation de tâches répétitives.
La facturation électronique écrase donc les autres projets avec un score de 39 %, soit 13 points d'avance sur le deuxième poste (logiciels). Cette polarisation s'explique par la nature obligatoire de la réforme, contrairement aux autres investissements numériques qui restent à la discrétion de l'entreprise. Les cabinets d'expertise comptable se retrouvent en première ligne pour accompagner cette transition, ce qui explique mécaniquement la hausse de leur score comme interlocuteur privilégié.
Attention aux effets d'aubaine
La concentration des projets sur la facturation électronique peut masquer des besoins structurels non satisfaits. Une fois la conformité atteinte, les dirigeants pourraient délaisser leur transformation numérique faute d'accompagnement sur les autres sujets. L'expert-comptable a tout intérêt à élargir le conseil au-delà de la seule obligation fiscale.
Visibilité en ligne et acquisition de clients
Au-delà des projets, le baromètre mesure la maturité numérique effective des entreprises. Avec 83 % des TPE-PME disposant d'au moins une solution de visibilité en ligne (site internet, fiche Google Business, réseaux sociaux), le retard numérique souvent évoqué mérite d'être nuancé. La présence digitale s'est banalisée, même parmi les plus petites structures.
L'efficacité commerciale de cette présence reste toutefois variable. Seules 46 % des entreprises déclarent qu'au moins 5 % de leurs clients proviennent d'internet. Ce seuil modeste révèle un écart entre la simple présence en ligne et une véritable stratégie d'acquisition digitale. Pour la majorité, le site ou la fiche Google Business sert davantage de vitrine que de canal de prospection actif.
Cette donnée interpelle les professionnels du chiffre qui accompagnent les TPE et PME. La transformation numérique ne peut se réduire à la conformité réglementaire ou à la simple création d'un site vitrine. L'enjeu commercial, l'analyse des données clients, la mesure du retour sur investissement des actions digitales constituent autant de terrains sur lesquels l'expert-comptable peut apporter une valeur ajoutée, en complément de son expertise comptable et fiscale.
L'intelligence artificielle s'installe progressivement
L'édition 2026 du baromètre consacre un volet substantiel à l'intelligence artificielle, reflétant l'intérêt croissant pour ces technologies. Les résultats montrent une adoption rapide mais encore hétérogène selon la taille des entreprises et la nature des usages. Le plan Osez l'IA lancé par les pouvoirs publics a contribué à cette dynamique, même s'il relève d'un dispositif distinct du baromètre.
Taux d'adoption en forte hausse
Quarante pour cent des TPE et PME déclarent utiliser au moins une solution d'intelligence artificielle, contre 13 % en 2024. Cette progression de 14 points en deux ans traduit une phase d'expérimentation massive, portée par la démocratisation des outils grand public comme les assistants conversationnels. Parmi les PME, le taux atteint 53 %, signe que la taille de l'entreprise reste un facteur déterminant de l'adoption technologique.
| Usage de l'IA | Part des utilisateurs |
|---|---|
| Génération de texte, voix ou image | 34 % |
| Assistants conversationnels | 24 % |
| Classement automatique de documents | 13 % |
| Automatisation de tâches | 11 % |
Un effet positif majoritairement perçu
Parmi les utilisateurs d'IA, 68 % perçoivent un effet positif sur leur activité. Ce taux grimpe à 85 % parmi ceux qui ont investi dans une solution payante, ce qui suggère que l'engagement financier s'accompagne d'une démarche plus structurée et d'attentes plus réalistes. A contrario, les utilisateurs de versions gratuites peuvent être déçus par les limitations fonctionnelles ou la qualité des résultats.
Seuls 19 % des répondants paient pour une solution d'intelligence artificielle (32 % des PME). Cette proportion reste modeste au regard du taux d'adoption global, indiquant que beaucoup d'entreprises en sont encore au stade de l'expérimentation avec des outils gratuits. Le passage à une utilisation professionnelle payante constitue un indicateur de maturité que les cabinets d'expertise comptable peuvent suivre.
IA et déclarations fiscales
Le baromètre clarifie un point important : l'intelligence artificielle ne remplace pas la déclaration fiscale. Avec seulement 18 % des entreprises qui en font un projet, l'IA reste très loin derrière la facturation électronique. Les usages se concentrent sur des tâches périphériques (rédaction, classement) plutôt que sur le cœur des obligations comptables et fiscales.
Un bénéfice perçu du numérique en léger recul
Le baromètre mesure également la perception globale du numérique par les dirigeants. En 2026, 71 % d'entre eux estiment que le numérique apporte un bénéfice réel à leur entreprise. Ce score, bien que majoritaire, accuse un recul de 7 points par rapport à l'année précédente. Cette érosion interroge sur les conditions d'une transformation numérique réussie.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce tassement. La multiplication des obligations réglementaires (facturation électronique, RGPD, cybersécurité) transforme le numérique en contrainte plutôt qu'en opportunité. Les coûts de mise en conformité pèsent sur les budgets des plus petites structures. La complexité des outils et le besoin de formation freinent l'appropriation. Enfin, les promesses parfois excessives du marketing technologique peuvent générer des déceptions face à la réalité opérationnelle.
Signal d'alerte pour l'accompagnement
Un recul de 7 points sur la perception positive du numérique ne doit pas être minimisé. Il révèle un risque de fatigue digitale chez les dirigeants de TPE et PME. L'accompagnement doit intégrer cette dimension psychologique : le numérique n'est pas une fin en soi mais un moyen au service de l'activité économique.
Implications pratiques pour les cabinets d'expertise comptable
La première place de l'expert-comptable dans ce baromètre crée autant d'opportunités que de responsabilités. Les cabinets doivent capitaliser sur cette confiance pour élargir leur mission de conseil, tout en évitant les écueils d'une diversification non maîtrisée.
Structurer l'accompagnement facturation électronique
La réforme de la facturation électronique constitue le moteur principal de la consultation des experts-comptables. L'accompagnement doit couvrir plusieurs dimensions : choix de la plateforme de dématérialisation partenaire (PDP) ou utilisation du portail public de facturation (PPF), paramétrage des mentions obligatoires, intégration avec le système d'information existant, formation des équipes, et mise en place des procédures de contrôle interne. La CNIL a émis des recommandations spécifiques sur la protection des données dans ce contexte.
Étendre le conseil au-delà de la conformité
Une fois la facturation électronique en place, l'expert-comptable peut accompagner sur d'autres chantiers numériques : optimisation des processus comptables, analyse des données commerciales, tableaux de bord de pilotage, sécurisation des systèmes d'information. Cette extension du périmètre suppose une montée en compétences des équipes du cabinet et une tarification adaptée de ces missions de conseil.
Maîtriser le discours sur l'intelligence artificielle
Avec 40 % des entreprises utilisant l'IA et 18 % qui en font un projet, les questions sur ce sujet vont se multiplier. L'expert-comptable doit être en mesure de distinguer les usages pertinents des effets de mode, d'évaluer les risques (confidentialité des données, fiabilité des résultats), et d'orienter vers des solutions adaptées à la taille et aux besoins de l'entreprise. Il ne s'agit pas de devenir éditeur de logiciel mais de conserver son rôle de conseil de confiance sur ces sujets.
Le bon positionnement
L'expert-comptable n'a pas vocation à « faire le numérique » en lieu et place du dirigeant ou d'un prestataire informatique. Sa valeur ajoutée réside dans la capacité à articuler les enjeux numériques avec les obligations comptables, fiscales et sociales, dans une vision globale de l'entreprise.
Articulation avec les autres dispositifs publics
Le baromètre France Num s'inscrit dans un écosystème plus large de dispositifs publics d'accompagnement au numérique. La compréhension de ces articulations permet aux experts-comptables d'orienter leurs clients vers les ressources appropriées.
France Num et ses activateurs
France Num anime un réseau d'activateurs sur l'ensemble du territoire, chargés d'accompagner les TPE et PME dans leur transformation numérique. Ces activateurs peuvent être des CCI, des chambres de métiers, des associations professionnelles ou des prestataires labellisés. L'expert-comptable n'est pas en concurrence avec ce réseau mais en complémentarité : il intervient sur le volet comptable et fiscal là où les activateurs traitent des aspects techniques et commerciaux.
Le plan Osez l'IA
Distinct du baromètre, le plan Osez l'IA cible spécifiquement l'adoption de l'intelligence artificielle par les PME. Il propose des diagnostics, des formations et des aides au déploiement. Les entreprises interrogées par le baromètre ne sont pas nécessairement bénéficiaires de ce plan, ce qui explique l'écart entre les taux d'adoption observés et les objectifs du dispositif.
Questions fréquentes sur le baromètre France Num 2026
Perspectives et évolutions attendues
Le baromètre 2026 capture un instant de transformation accélérée, largement impulsée par des contraintes réglementaires. Les prochaines éditions permettront de mesurer la pérennité de cette dynamique et l'évolution du rôle de l'expert-comptable dans l'écosystème du conseil numérique.
Plusieurs tendances méritent attention. L'entrée en vigueur des obligations d'émission de factures électroniques pour les grandes entreprises en 2027, puis pour l'ensemble des assujettis en 2028, maintiendra la pression réglementaire. L'adoption de l'intelligence artificielle devrait s'accélérer avec la maturité des outils et la baisse des coûts. La cybersécurité, peu présente dans les projets actuels, pourrait émerger comme priorité suite aux incidents récurrents touchant les systèmes d'information des PME.
Pour l'expert-comptable, l'enjeu consiste à transformer une position conjoncturelle, liée à une réforme spécifique, en avantage structurel durable. Cela suppose d'investir dans les compétences numériques, de développer des offres de services adaptées, et de maintenir la relation de confiance qui fait sa force auprès des TPE et PME.
Synthèse opérationnelle
Le baromètre France Num 2026 consacre l'expert-comptable comme premier interlocuteur des TPE-PME pour leurs questions numériques, avec 41 % de citations et une progression de 23 points. Cette position résulte directement de la réforme de la facturation électronique, premier projet numérique des entreprises (39 %). L'adoption de l'intelligence artificielle progresse (40 % d'utilisateurs) mais reste concentrée sur des usages périphériques. Face à cette confiance, la profession doit structurer son accompagnement : facturation électronique d'abord, puis extension vers le conseil numérique global, sans se substituer aux prestataires techniques. Le recul de 7 points sur la perception positive du numérique alerte sur le risque de fatigue digitale qu'il convient d'intégrer dans le discours et la posture de conseil.
Facturation électronique et transformation numérique
Le Cabinet Barry Louison Audit accompagne les TPE et PME dans la mise en conformité avec la réforme de la facturation électronique : choix de la plateforme, paramétrage des mentions obligatoires, intégration comptable.
Contact : 06 20 19 39 91 · jennyferlouison@blaec.fr