Transparence des rémunérations : le projet de loi présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026
Transparence des rémunérations - Projet de loi présenté en Conseil des ministres

Transparence des rémunérations : le projet de loi présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026

Le ministre du Travail et le ministre de l'Action et des Comptes publics ont présenté le 10 septembre 2026 le projet de loi transposant la directive européenne (UE) 2023/970. Sept indicateurs remplaceront l'actuel index de l'égalité professionnelle à partir de 2028. Six d'entre eux seront précalculés automatiquement via la DSN : une singularité française en Europe. Le texte est désormais déposé au Sénat, avec procédure accélérée engagée.

⚠ Projet de loi non encore voté

Ce texte vient d'être présenté en Conseil des ministres et déposé au Sénat. Il doit encore être examiné, amendé et voté par le Parlement. Les seuils, indicateurs et calendriers décrits ci-dessous sont ceux du projet initial et peuvent évoluer au cours de la navette parlementaire.

1. Rappel du contexte : une directive portée par la France

La directive (UE) 2023/970 du Parlement européen et du Conseil du 10 mai 2023, relative à l'égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes par la transparence des rémunérations, a été initiée sous la présidence française de l'Union européenne. La France avait déjà, en 2019, mis en place l'index de l'égalité professionnelle (dispositif dit « Pénicaud »), applicable aux entreprises de 50 salariés et plus.

L'échéance de transposition fixée au 7 juin 2026 n'a pas pu être respectée. Le projet de loi a été transmis au Conseil d'État à cette date, puis présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026. Il est déposé le même jour au Sénat, avec engagement de la procédure accélérée.

21,8 %
écart de revenu salarial moyen F/H (temps partiel compris)
3,6 %
écart résiduel à poste et temps comparables (privé)
22
articles dans le projet de loi
7
indicateurs à déclarer à partir de 2028

2. Les écarts de rémunération constatés

Le projet de loi rappelle les chiffres qui justifient la réforme. Dans le secteur privé, temps partiels compris, le revenu salarial moyen des femmes reste inférieur de 21,8 % à celui des hommes (INSEE, 2024). Une partie de cet écart s'explique par la répartition genrée des professions et les différences de temps de travail. Cependant, à poste et temps de travail comparables, l'écart constaté en équivalent temps plein demeure à 3,6 %.

Secteur privé

Écart résiduel (poste comparable) 3,6 %

Fonction publique (2024)

FPE (État) 2,9 %
FPT (Territoriale) 4,2 %
FPH (Hospitalière) 4,7 %

3. Les trois principes directeurs de la transposition

Principes retenus

  • Non-régression — L'index français s'applique dès 50 salariés alors que la directive fixe le seuil à 100. La France maintient ce niveau d'exigence.
  • Non-surtransposition — Le calcul des indicateurs a été simplifié ; six sur sept sont automatisés via la DSN.
  • Exemplarité — Ce qui s'applique au secteur privé doit aussi s'appliquer aux trois fonctions publiques.

Ce que ce n'est pas

  • Le texte ne permet pas de connaître la rémunération individuelle d'un collègue (minimum 10 personnes par catégorie).
  • Il n'aboutit pas à une uniformisation des salaires : l'employeur peut justifier des écarts par des critères objectifs.
  • Il ne constitue pas une exception française : 15 États membres sur 27 ont déjà engagé la transposition.

4. Les sept indicateurs du nouvel index

Le projet de loi substitue sept indicateurs à l'actuel index de l'égalité professionnelle. Six d'entre eux seront précalculés automatiquement à partir de la déclaration sociale nominative (DSN) — une singularité française, aucun autre pays européen n'ayant prévu cette automatisation. Le septième indicateur, relatif aux écarts de rémunération par catégorie de travailleurs exerçant un travail de valeur égale, restera à la charge de chaque employeur.

1 Écart de rémunération entre femmes et hommes DSN
Précalculé automatiquement via la déclaration sociale nominative.
2 Écart de rémunération médian DSN
Précalculé automatiquement via la déclaration sociale nominative.
3 Écart de composantes variables et complémentaires DSN
Précalculé automatiquement via la déclaration sociale nominative.
4 Part de femmes et d'hommes percevant des variables DSN
Précalculé automatiquement via la déclaration sociale nominative.
5 Position médiane dans chaque quartile DSN
Précalculé automatiquement via la déclaration sociale nominative.
6 Écart au retour de congé maternité DSN
Précalculé automatiquement via la déclaration sociale nominative.
7 Écart par catégorie de travail de valeur égale Employeur
À calculer par l'employeur. Requiert la définition des catégories de travailleurs exerçant un travail égal ou de valeur égale.
Seuil de déclenchement des actions correctrices

Lorsque l'écart constaté sur le 7ᵉ indicateur dépasse un seuil fixé par décret (qui ne pourra excéder 5 %) et que l'employeur ne peut le justifier par des critères objectifs non fondés sur le sexe, il doit engager des actions correctrices reposant sur le dialogue social.

5. Champ d'application et obligations différenciées

Secteur privé

Effectif Obligation Périodicité 7ᵉ indicateur
≥ 100 salariés 7 indicateurs à déclarer Annuelle
50 à 99 salariés 7 indicateurs, obligations simplifiées Tous les 3 ans
< 50 salariés Non assujetti (directive : seuil à 100)

Fonction publique

Employeur Échéance
≥ 150 agents À compter de 2028
50 à 149 agents À compter du 1ᵉʳ juin 2030

6. Les nouveaux droits pour les salariés et agents publics

Droits instaurés par le projet de loi

  • Fin du secret salarial contractuel — L'employeur ne peut plus prévoir de clause empêchant les salariés de divulguer des informations relatives à leur rémunération.
  • Information préalable à l'embauche — Le candidat doit être informé de la fourchette de rémunération et des dispositions conventionnelles applicables avant le recrutement.
  • Droit à l'information individuelle — Chaque salarié ou agent peut connaître le niveau de rémunération moyen des personnes de sa catégorie, ventilé entre femmes et hommes.
  • Renversement de la charge de la preuve — En cas de litige portant sur une discrimination, c'est à l'employeur de prouver l'absence de discrimination.
Une notion élargie de rémunération

La notion de rémunération couvre non seulement le salaire de base, mais aussi les éléments complémentaires ou variables et, plus largement, les contreparties en espèces ou en nature versées directement ou indirectement en raison de l'emploi.

7. Calendrier parlementaire et d'application

10 mai 2023
Adoption de la directive (UE) 2023/970 par le Parlement européen et le Conseil.
7 juin 2026
Date limite de transposition — non respectée. Transmission du projet au Conseil d'État.
10 septembre 2026
Présentation en Conseil des ministres. Dépôt au Sénat. Procédure accélérée engagée.
Fin 2026 – début 2027
Objectif de passage au Sénat puis à l'Assemblée nationale.
2027
Maintien de l'index Égalité professionnelle actuel (secteur privé).
2028
Entrée en vigueur du nouvel index (secteur privé, FP ≥ 150 agents).
1ᵉʳ juin 2030
Entrée en vigueur pour les employeurs publics de 50 à 149 agents.
Boîte à outils européenne. La traduction française de la boîte à outils de l'Agence européenne de l'égalité entre les femmes et les hommes sera mise en ligne courant octobre 2026. Elle aidera les employeurs à définir les catégories de travailleurs exerçant un travail égal ou de valeur égale.

Questions fréquentes

Le nouvel index est-il applicable dès maintenant ?
Non. Le projet de loi vient d'être présenté et déposé au Sénat. Il doit encore être voté et promulgué. L'index Égalité professionnelle actuel reste en vigueur en 2027, le nouvel index ne s'appliquant qu'à partir de 2028 dans le secteur privé.
Pourrai-je connaître le salaire exact de mon collègue ?
Non. Le dispositif porte sur des données agrégées et anonymisées. Les moyennes ne sont calculées que pour des catégories comportant au moins 10 personnes, précisément pour éviter l'identification individuelle.
Cela conduit-il à une uniformisation des salaires ?
Non. L'employeur peut justifier des écarts par des critères objectifs non fondés sur le sexe. La transparence vise à identifier et réduire les écarts injustifiés, pas à supprimer toute différenciation de rémunération.
La fonction publique est-elle concernée ?
Oui. Les trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière) sont assujetties. Les employeurs de 150 agents et plus appliqueront les nouveaux indicateurs à partir de 2028, ceux de 50 à 149 agents à partir du 1ᵉʳ juin 2030.
Qu'est-ce que l'automatisation via la DSN change concrètement ?
Six indicateurs sur sept seront précalculés à partir des données déjà transmises via la DSN. Cela réduit considérablement la charge administrative pour les employeurs du secteur privé. Seul le 7ᵉ indicateur reste à calculer entreprise par entreprise.
Que dois-je communiquer au recrutement ?
Le projet prévoit que l'employeur informe le candidat, avant l'embauche, de la fourchette de rémunération proposée et des dispositions conventionnelles applicables.

Ce que l'entreprise peut anticiper

Sans préjuger du vote final, plusieurs actions préparatoires peuvent déjà être envisagées :

  • Vérifier la conformité et la qualité des données DSN transmises (elles serviront de base aux calculs automatisés).
  • Identifier les catégories de travailleurs exerçant un travail égal ou de valeur égale (nécessaire pour le 7ᵉ indicateur).
  • Préparer les pratiques de recrutement à l'information sur la fourchette de rémunération.
  • Revoir les clauses de confidentialité salariale dans les contrats (elles seront interdites).
  • Former le management au dialogue sur la rémunération : la transparence induit une capacité accrue d'explication et de justification.
Avertissement

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