La mise à disposition par un groupement d'employeurs ne s'assimile pas à de l'intérim | Barry Louison Audit

La mise à disposition par un groupement d'employeurs ne s'assimile pas à de l'intérim

Groupement d'employeurs GE GEIQ mise à disposition salariés différent intérim jurisprudence Cour de cassation

La mise à disposition de salariés par un groupement d'employeurs (GE, GEIQ) ne constitue pas une opération de travail temporaire (intérim) et échappe au régime prohibitif du prêt de main-d'œuvre à but lucratif. Une distinction fondamentale confirmée par la jurisprudence constante de la Cour de cassation — avec des conditions strictes à respecter pour ne pas tomber dans la requalification.

Principe fondamental : GE ≠ intérim

La mise à disposition par un groupement d'employeurs n'est pas de l'intérim Le GE échappe au régime du prêt de main-d'œuvre lucratif sous conditions

Cass. soc. 13 janvier 2021, n° 19-13.654 — Cass. soc. 9 mars 2022, n° 20-17.892

L'intérim (travail temporaire) est l'une des rares formes autorisées de prêt de main-d'œuvre à but lucratif en droit français (art. L. 1251-1 et s. du Code du travail). La grande majorité des autres formes de mise à disposition entre entreprises doivent être non lucratives pour être licites (art. L. 8231-1 C. trav.). Cette distinction est fondamentale pour les groupements d'employeurs, qui mutualisant des emplois entre membres adhérents. Elle a également un impact direct sur les obligations sociales — les plafonds de la sécurité sociale 2026 (PMSS, PASS, PJSS) s'appliquent selon l'employeur réel, qui dans un GE est le groupement lui-même.

« La mise à disposition de salariés par un groupement d'employeurs ne constitue pas une opération de prêt de main-d'œuvre à but lucratif prohibée, dès lors que le groupement n'a pas pour objet exclusif ou principal le profit et que la mise à disposition est effectuée sans but lucratif. »
Cass. soc. 13 janvier 2021, n° 19-13.654

La Cour de cassation a confirmé en 2022 que le groupement d'employeurs n'est pas assimilable à une entreprise de travail temporaire (ETT), même s'il facture une contribution aux coûts salariaux aux entreprises utilisatrices. Cette jurisprudence protège les GE qui fonctionnent dans les règles, mais elle ne les met pas à l'abri des requalifications lorsque des comportements assimilables à de la fraude sociale sont détectés lors d'un contrôle.

Groupement d'employeurs vs intérim : les différences

🤝 Groupement d'employeurs (GE / GEIQ)

Dispositif de mutualisation de l'emploi entre entreprises adhérentes.

  • But : non lucratif (ou très limité)
  • Objet : gestion mutualisée des emplois
  • Contrat : CDI ou CDD direct avec le GE
  • Durée : illimitée possible
  • Facturation : coûts réels + frais de gestion
Licite si respect des conditions
⏱️ Intérim (ETT)

Prêt de main-d'œuvre à but lucratif autorisé et encadré.

  • But : lucratif
  • Objet : prêt de main-d'œuvre commercial
  • Contrat : mission temporaire (double relation)
  • Durée : limitée (18 mois max)
  • Facturation : prix libre incluant marge
Régime spécifique ETT
CritèreGroupement d'employeursIntérim (ETT)
ButNon lucratif (ou très limité)Lucratif
Objet socialMise à disposition + gestion mutualiséePrêt de main-d'œuvre commercial
FacturationCoûts réels + frais de gestion raisonnablesPrix de vente libre avec marge bénéficiaire
AutorisationAgrément préfectoral (GEIQ) / déclaration (GE)Agrément obligatoire + garantie financière
Durée des contratsCDI possibles (illimitée)18 mois max par mission
Relation employeurEmployeur unique (le groupement)Double relation (ETT + utilisateur)

La logique non lucrative du GE le rapproche davantage du secteur associatif que de l'intérim. Les structures associatives connaissent bien cette frontière : le FNAF 2025 et le rôle de l'Ordre des experts-comptables auprès du secteur associatif et de l'ESS rappelle combien la qualification juridique des activités économiques des associations non lucratives est déterminante. La question de l'assujettissement des associations à but non lucratif à la taxe d'apprentissage illustre par ailleurs que le statut non lucratif ne dispense pas de toutes les obligations fiscales et sociales.

Conditions de licéité de la mise à disposition par un GE

Pour que la mise à disposition par un groupement d'employeurs soit licite et échappe à la qualification de prêt de main-d'œuvre illicite, trois conditions cumulatives doivent être respectées :

Les trois conditions de licéité

1. But non lucratif : le groupement ne doit pas avoir pour objet principal le profit.
2. Facturation au coût réel : la contribution demandée aux entreprises utilisatrices doit rester limitée aux coûts réels (salaires + charges) + frais de gestion raisonnables.
3. Objet social conforme : l'objet du groupement doit être la gestion mutualisée des emplois au bénéfice de ses membres.

Frais de gestion « raisonnables »

La jurisprudence admet que le groupement facture des frais de gestion en sus des coûts salariaux directs (salaires bruts + charges sociales). Ces frais doivent couvrir les coûts de fonctionnement réels du GE (locaux, personnel administratif, assurances, formation) sans générer de profit significatif. L'URSSAF surveille étroitement les écarts entre coûts déclarés et montants facturés — des factures détaillées et traçables sont la meilleure protection.

Les cas de requalification sanctionnés

La jurisprudence sanctionne les dérives qui font basculer un groupement d'employeurs dans le régime du prêt de main-d'œuvre illicite. La Cour de cassation et les juridictions pénales ont identifié trois situations à risque principal.

Marge bénéficiaire excessive

Cass. crim. 12 janvier 2022, n° 20-86.512 : si la contribution demandée aux entreprises utilisatrices dépasse très largement les coûts réels + une gestion raisonnable, l'opération est requalifiée en prêt de main-d'œuvre à but lucratif illicite.

Objet principal lucratif

Un groupement qui réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires sur la marge dégagée par la mise à disposition — et non sur la couverture des coûts — peut être requalifié en ETT de fait. Le tribunal apprécie la réalité économique de l'opération, pas seulement sa forme juridique.

Absence d'agrément GEIQ

Lorsque l'activité relève de l'insertion (GEIQ), l'absence d'agrément préfectoral requis par les articles L. 1253-8 et suivants du Code du travail expose à la requalification et aux sanctions pénales.

Sanctions encourues : la requalification en prêt de main-d'œuvre illicite expose à des sanctions pénales (jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende), à des redressements URSSAF avec majorations, à la nullité des contrats de mise à disposition, et à la requalification en CDI chez l'entreprise utilisatrice pour les salariés concernés. Ces sanctions s'inscrivent dans le cadre du durcissement général porté par la loi 2025 sur la flagrance sociale. Le cumul des indemnités en cas de requalification CDD/CDI illustre combien ces procédures sont coûteuses pour les employeurs.

Conseils pratiques pour sécuriser votre groupement

  • Documenter les coûts : conservez tous les justificatifs de coûts (salaires bruts, charges sociales, frais fixes mutualisés) pour démontrer l'absence de marge lucrative
  • Facturation transparente : établissez des factures détaillées distinguant les coûts salariaux directs et les frais de gestion
  • Statuts conformes : vérifiez que l'objet social du groupement correspond bien à la gestion mutualisée des emplois
  • Agrément GEIQ : si votre activité relève de l'insertion, assurez-vous de disposer de l'agrément préfectoral requis
  • Audit périodique : faites réaliser un audit de conformité par un avocat en droit social ou votre expert-comptable
En cas de contrôle URSSAF ou inspection du travail

Les justificatifs de coûts constituent votre meilleure défense. Ils permettent de démontrer que la facturation aux entreprises utilisatrices correspond aux coûts réels et non à une marge bénéficiaire déguisée. La tarification AT/MP 2026 disponible pour les entreprises rappelle l'importance d'une comptabilité sociale rigoureuse pour faire face aux vérifications de l'URSSAF. La désignation du représentant syndical au CSE est par ailleurs un sujet à anticiper pour les GE qui atteignent 300 salariés — seuil calculé en comptant tous les salariés mis à disposition.

La gestion administrative des salariés mis à disposition est identique à celle de tout employeur classique. Les règles sur l'affiliation à l'assurance chômage (5 mois pour les primo entrants depuis avril 2026) s'appliquent aux salariés du groupement selon leur parcours avant l'embauche. La revalorisation de la fraction insaisissable des rémunérations au 1er avril 2026 oblige également les GE comme tout employeur à mettre à jour leurs logiciels de paie.

Barry Louison Audit accompagne les groupements d'employeurs et leurs membres adhérents dans la sécurisation de leurs pratiques de mise à disposition et la conformité aux règles sociales. Retrouvez le cabinet au 44 bis rue Gabriel Péri, 78210 Saint-Cyr-l'École06 20 19 39 91jennyferlouison@blaec.fr

Questions fréquentes sur le groupement d'employeurs

Un groupement d'employeurs peut-il réaliser des bénéfices ?

Des bénéfices très limités et accessoires sont tolérés (constitution de réserves, couverture des aléas). En revanche, si le groupement dégage une marge significative et récurrente sur la mise à disposition, il risque la requalification en prêt de main-d'œuvre à but lucratif illicite.

Quelle différence entre GE et GEIQ ?

Le GE met à disposition des salariés entre entreprises adhérentes. Le GEIQ a en plus une mission d'insertion de publics en difficulté et doit être agréé par la préfecture. Les deux sont des structures non lucratives, mais le GEIQ bénéficie d'aides spécifiques et d'un encadrement renforcé.

Un salarié mis à disposition par un GE peut-il être embauché par l'entreprise utilisatrice ?

Oui. Contrairement à l'intérim où des délais de carence peuvent s'appliquer, le salarié d'un GE peut être embauché directement par l'entreprise utilisatrice à tout moment, sous réserve des dispositions du contrat de travail et du règlement intérieur du groupement.

La mise à disposition par un GE nécessite-t-elle un motif de recours comme l'intérim ?

Non. Le recours à un groupement d'employeurs n'est pas soumis aux cas de recours limités de l'intérim (accroissement temporaire d'activité, remplacement...). L'entreprise utilisatrice adhère au groupement et bénéficie de la mise à disposition selon ses besoins, y compris de manière permanente.

Qui est l'employeur du salarié mis à disposition par un GE ?

Le groupement d'employeurs est l'employeur unique du salarié. C'est lui qui conclut le contrat de travail, verse le salaire, gère les congés et assure les obligations sociales. L'entreprise utilisatrice exerce uniquement le pouvoir de direction sur les tâches confiées pendant la mise à disposition.

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